Interview de créateurs
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Interview de Orageuse – « J’aime imaginer des silhouettes complètes, des vêtements qui se combinent »

Corinne est la fondatrice et styliste de la marque de patrons de couture Orageuse. Exclusivement pour Makerist, elle revient sur son parcours, ses envies et ses motivations depuis le lancement de sa toute jeune marque.

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Bonjour, merci d’avoir accepté notre interview ! Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours en dehors et dans le monde de la couture ? Comment en êtes-vous venue à réaliser et vendre vos propres patrons ?

Je m’appelle Corinne et contrairement à ce que laisse penser ce prénom rétro, j’ai la trentaine. Je suis donc la fondatrice d’Orageuse, dont je suis à la fois gérante et styliste/modéliste. Après des études et un parcours professionnel dans la création et la gestion de projets culturels, un passage dans la communication pour des marques de luxe, j’ai été rattrapée par le besoin de créer une activité de toute pièce et d’y trouver le sens qui fait parfois défaut aux métiers d’aujourd’hui.

Je suis venue à la création de patrons plutôt par la porte du stylisme : dès que j’ai su tenir un crayon, je dessinais des silhouettes et des collections. J’ai fini par me mettre à la couture et au modélisme pendant plusieurs années, d’abord comme un loisir, mais quand mon projet a pris forme, il m’a semblé indispensable de valider et professionnaliser ces compétences en retournant à l’école. J’ai donc suivi des modules de modélisme en prêt-à- porter féminin à l’école Formamod à Paris.

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La création de patrons est-elle votre activité principale ?

Oui, pour l’instant je peux consacrer tout mon temps à Orageuse, et j’aimerais parfois que les journées fassent 48h pour pouvoir y faire tenir tout ce que j’aimerais ! Entre le développement de la marque, la création des collections, la communication, l’administration du site, le SAV, l’animation des réseaux sociaux…

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Comment vous organisez-vous pour réaliser un patron ?

Je fonctionne par collections, car j’aime imaginer des silhouettes complètes, des vêtements qui se combinent et partagent un même vocabulaire. J’ébauche d’abord des croquis, des formes, des détails, et ce travail s’affine au fil du temps jusqu’à faire émerger une série de modèles. Je les travaille ensuite un par un, je construis (directement sur ordinateur) un premier patron et rapidement une première ébauche en toile dans ma taille de référence. J’affine l’un et l’autre avec autant de versions que nécessaire jusqu’à satisfaction. Je grade ensuite le patron en sept tailles et je refais des toiles pour tester d’autres tailles, m’assurer que toutes les pièces concordent et que les lignes restent conformes au modèle de base pour les tailles les plus grandes comme les plus petites. Je rédige ensuite les instructions en français, avec des schémas et dessins techniques à l’échelle. Quand une version est prête, je l’envoie à mes testeuses qui ont quelques semaines pour tester le modèle et me faire part de leurs retours. Je corrige patron et instructions en fonction de leurs retours, puis je traduis tout en anglais et envoie à un traducteur professionnel pour relecture.

Comment organisez-vous votre temps entre la création de patrons et les tâches attenantes liées à la gestion d’une petite structure (communication, compta, relations clients, blog, réseaux sociaux…)?

Lors d’une journée type, le matin est souvent consacré aux tâches plus administratives, comme le traitement des mails, le SAV, les partenariats divers, le suivi des réseaux sociaux… Le reste de la journée dépend des priorités du moment : travail sur des nouveaux modèles, création de contenus texte et photo pour le blog, le site et les réseaux sociaux, suivi des tests, couture de modèles pour des besoins particuliers… En début de mois j’essaie de regrouper le gros des tâches de gestion d’entreprise (compta, déclarations diverses..), la maintenance informatique du site (sauvegardes, mises à jour…), la mise à jour de la revue de presse et de blogs, ainsi que la tenue de statistiques sur les ventes, la progression du site et l’impact des actions de communication. Tenir un tableau de bord me semble essentiel pour avoir un retour sur le temps nécessaire pour les différentes tâches, ainsi que pour bien cerner où se trouvent les marges de progression et comment mieux répartir son temps.

Quelles sont les tâches qui vous mettent le plus au défi ? Avez-vous de l’aide ?

J’accorde une grande importance aux images et je ne suis pas moi-même une bonne photographe, donc je réunis une équipe professionnelle pour chaque shooting de collection (photographe, assistant, mannequin, coiffeur, maquilleur…). Alimenter les réseaux sociaux (et trouver le temps pour le faire) n’est pas mon fort, car les images que je fais moi-même me semblent rarement à la hauteur, et trouver toujours de nouveaux contenus, surtout quand on n’aime pas (et ne souhaite pas) se mettre en scène personnellement, est pour moi un défi. J’ai également fait travailler des professionnels pour le développement de mon site web ainsi que pour l’identité visuelle de la marque, mais au quotidien, je fais tout seule.

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Où puisez-vous l’inspiration pour vos créations ?

Tout part souvent d’une forme, d’une silhouette, d’un détail ou même d’un geste. Pour la collection Borealis par exemple, les vêtements, leurs détails et formes racontent les gestes que l’on fait pour se protéger du froid : superposer, enrouler, serrer contre soi, nouer, draper… Un détail architectural, une passante, la ville, un lieu, un voyage, une expo, une atmosphère peuvent d’un coup m’inspirer une idée. Je regarde parfois un peu les défilés. Ensuite évidemment, je stocke pas mal de boards sur Pinterest et alimente un carnet de croquis. Les choix se font d’eux-mêmes, certaines idées résistent au temps et continuent de s’imposer d’elles-mêmes : je ne cherche pas la tendance à tout prix, mais plutôt des formes qui aient assez de consistance pour exister dans la durée.

Quel est l’aspect que vous préférez dans votre activité créative ?

J’aime beaucoup le stylisme évidemment, et aussi le fait de faire exister une idée en volume, ce que l’on fait lorsque l’on coud un vêtement pour la première fois. Être le seul maître à bord et décider de tout est aussi une beau défi : ça n’est pas toujours facile de travailler seule, mais faire grandir une marque est une aventure passionnante.

Auriez-vous des conseils pour quelqu’un qui, comme vous, aimerait se lancer ? Des ressources qui vous inspirent, qui vous ont aidé (livres, blogs, personnalités…)

Je conseillerais de prendre le temps de bien réfléchir à son projet sous toutes les coutures avant de se lancer, de s’obliger à poser les choses (et des chiffres !) par écrit pour voir ce qui pêche et y remédier en amont. Pour que votre projet tienne dans la durée et que vous puissiez espérer en vivre, il ne faut pas négliger des aspects qui peuvent sembler rébarbatifs comme son positionnement, l’état de ce qui existe déjà sur le marché, qui seront vos clients, le budget prévisionnel, la marge que vous pouvez espérer dégager, les charges à prendre en compte… Beaucoup de ressources et de dispositifs existent pour préparer son projet d’entreprise (APCE, Cité des Métiers…) et confronter celui-ci à un regard extérieur aide à le sécuriser et à trouver de l’aide au besoin.

Également ne pas hésiter à se former auprès de professionnels : ça n’est pas toujours facile de redevenir étudiant, mais ça change vraiment tout en matière de savoir-faire comme en matière de confiance en son propre travail. Quand j’ai commencé à développer le projet Orageuse, certaines créatrices et marques existantes m’ont inspirée, comme par exemple à l’époque le parcours d’Éléonore Klein de Deer&Doe. Venue elle aussi d’un autre métier, elle a su créer une marque qui cultive exigence, qualité dans les moindres détails et une certaine simplicité/humilité/sincérité. Réussir sans être issu du monde de la mode, en gardant sa personnalité et sans transiger sur certaines valeurs : je me suis dit en voyant son travail que c’était possible.

En matière de livres, je recommande la collection « détails de mode à la loupe» de Claire Wargnier (Esmod éditions) qui est une mine de précision sur les méthodes d’assemblage et les finitions en couture. En terme de style, j’aime beaucoup l’épure très minimaliste du blog Death by Elocution (à retrouver aussi sur Instagram et Pinterest).

Et pour finir, quels sont vos projets à venir ?

A relativement court terme (c’est un scoop!), Orageuse devrait faire une incursion dans le domaine des patrons papier, mais le projet se fait avec un partenaire et il est trop tôt pour donner tous les détails. C’est néanmoins un cap important en terme de développement.

A plus long terme, et même si aucune base n’est posée pour l’instant, j’aimerais bien creuser le thème de l’impression 3D des vêtements, initier des actions autour du recyclage des textiles, collaborer avec d’autres marques ou stylistes dans des univers proches (prêt-à-porter, tricot, lingerie…)… Selon les rencontres et opportunités (et le temps disponible, encore et toujours !).

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—- Crédits photos Orageuse – Photos : A. Lamachère —-

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Originaire de région parisienne, j'ai rejoint Makerist à Berlin en 2016. Avec Isabelle, je travaille pour le marché francophone et partage régulièrement avec vous nos conseils et astuces en couture, tricot et crochet ! Passionnée de voyages, d'écriture et de mode, c'est un plaisir pour moi de travailler dans un univers DIY et créatif !

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