Interview de créateurs
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Interview de Pauline Walter – « Je crois qu’il ne faut rien s’interdire et tout oser »

Pauline Walter est créatrice de modèles de tricot depuis qu’elle a pris sa retraite. Véritable passionnée de laines et de jolis ouvrages, Pauline se dévoile aujourd’hui pour nous parler de son activité, de son parcours et de ses projets. Fascinant !

Voir ses modèles

Bonjour, merci d’avoir accepté notre interview ! Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours en dehors et dans le monde du tricot ? Comment en êtes-vous venue à réaliser et vendre vos propres tutoriels ?

Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu un petit ouvrage en cours. Je fabriquais déjà les vêtements de mes poupées et je me suis intéressée très tôt aux arts textiles.  En particulier j’ai étudié l’art de la vannerie dans les îles du pacifique où les femmes tissent de magnifiques nattes à partir de lanières végétales. Mais le tricot a pris l’avantage sur les autres activités car je pouvais l’emporter partout avec moi et m’arrêter quand je le souhaitais.

Au fil du temps j’ai pris l’habitude de tricoter le matin en prenant mon café et le soir, en écoutant de la musique. C’étaient mes deux moments de calme dans une vie assez trépidante. Je tricotais essentiellement les patrons des autres, en respectant absolument tout : la laine, la couleur, le patron lui même, en dehors des petits ajustements nécessaires.

Et puis les choses se sont accélérées lorsque j’ai décidé d’arrêter de fumer. C’était aussi le moment où j’ai pris ma retraite. Là je me suis mise à tricoter dans la journée, tout le temps au début, pour m’occuper les mains et l’esprit, ne pas penser à ma cigarette et opérer une sorte de transition entre ma vie active et cette plage pleine de promesses que représentait la retraite. A l’époque, il y a 5 ans de cela, je n’aurais jamais imaginé une seule minute que j’allais m’adonner à la création de patrons de tricot ! Mais j’étais mordue, absolument mordue par cette activité. J’ai acheté plein de livres, me suis abonnée à des magazines, j’ai rempli mes placards de laines et mes tiroirs d’aiguilles. J’ai appris des nouvelles techniques, la plupart sur des sites et dans des livres en anglais. J’ai découvert le site Ravelry et j’ai été enthousiasmée par  l’incroyable créativité et le talent inouï de toutes ces femmes, et des hommes aussi. Des motifs, des techniques, des savoirs du monde entier se trouvaient exposés là. Certains auraient sans doute disparus mais les voilà sauvés et partagés parce qu’une tricoteuse avait pris la peine de les charger sur Ravelry. Tout un monde s’ouvrait ainsi à moi, fabuleux et créatif. J’étais éblouie !

Un jour, sans trop savoir pourquoi, j’ai crée mon premier patron : des mitaines longues avec la belle laine Malabrigo. Et là, ce fut la passion. J’ai commencé à créer des pièces pour mes amis, ma famille ou moi même. Et puis, parce que cela était plus exigeant j’ai commencé à les vendre, en particulier sur Makerist. Je suis devenue, sans presque m’en rendre compte un designer de tricot débutant….

La création de tutoriels est-elle votre activité principale ?

Oui, pour l’instant, c’est mon activité principale, mais pas mon unique activité. Je continue à écrire un peu sur mes anciens sujets d’étude. J’étais ethnologue autrefois et je commence à étudier maintenant quelle a été la place des hommes dans cette activité. Quoi que l’on en pense elle a été et reste très importante.

Comment vous organisez-vous pour réaliser un tutoriel ?

Un nouveau modèle commence généralement par un point ou une laine. Je pars toujours du concret et l’écheveau de laine est sans doute ma première inspiration. J’aime vraiment beaucoup cette matière que j’utilise presque exclusivement.  Je réalise alors des échantillons pour choisir le meilleur point, l’aiguille adéquate etc…en fonction de mon projet. Je peux rester des jours à laisser mijoter les idées, à faire de petits croquis, à tricoter les échantillons. Et puis soudain, c’est parti, je commence à créer le patron.

Je commence toujours par écrire entièrement le patron, pour toutes les tailles que je souhaite proposer. Tous les calculs mathématiques sont faits et le patron rédigé, du moins dans ses principales étapes. Puis je choisis la taille que je souhaite tricoter, en fonction bien sur de celle ou celui à qui je destine l’ouvrage, et je tricote en suivant mon texte. C’est à ce moment là que je finalise le modèle, en contrôlant, modifiant, annotant et précisant le patron. Il ne me reste plus qu’à le rédiger avec soin, en français et en anglais. Je laisse passer quelques jours et je reprends le texte en l’éditant le mieux possible. Puis je le fais tester, réalise souvent un autre spécimen dans une autre taille, apporte les corrections nécessaires (j’apprends toujours quelque chose des testeuses, elles sont formidables), réalise les photos, finalise le texte et hop…je le mets en vente, ou pas.

Découvrez l'interview de Pauline Walter, créatrice de modèles de tricot !

Comment organisez-vous votre temps entre la création de tutoriels et les tâches attenantes liés à la gestion d’une petite structure (communication, compta, relations clients, blog, réseaux sociaux…)?

Oulala !! Je m’organise très mal. Dès que j’ai commencé à créer un patron je vais jusqu’au bout de sa première mouture, en activité unique durant un jour ou deux, bloquée des heures devant mon ordinateur. Puis je monte mes mailles pour ce nouveau projet. J’ai toujours quatre ou cinq projets en cours, à différents stades d’achèvement. Je les  distribue dans toutes les pièces, chacun avec ses laines et instruments dans un sac individuel. Il y en a même un dans la cuisine que je saisis en attendant que l’eau bout ou que le poivron grille dans le four.  Bref, j’ai toujours un tricot à portée de main et dans mon sac à main aussi. Je tricote dans les transports en commun et n’importe où. Voilà pour la réalisation des modèles.

Par ailleurs, je prends soin de toujours répondre aux clientes qui ont acheté mes patrons et qui souhaitent de l’aide. C’est l’une des premières choses que je fais le matin en ouvrant mon ordinateur. Et pour le reste c’est la panique, j’ai du mal à suivre mon blog et ne suis pas vraiment sur les réseaux sociaux. Mais vous m’avez contactée à une période où, justement, je souhaite passer à une autre étape : ouvrir un blog actif, un compte Facebook, Instagram, Twitter. Enfin vraiment me lancer dans cette activité et commencer à m’organiser correctement !

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Quelles sont les tâches qui vous mettent le plus au défi ? Avez-vous de l’aide ?

Non, je n’ai aucune aide, en dehors des testeuses bénévoles qui réalisent avec tant de gentillesse et de compétence mes modèles. Pour le reste je fais tout toute seule. J’aime vraiment toutes les étapes de la réalisation mais j’ai un peu de mal avec l’édition. Je laisse passer des erreurs. Et le pire c’est la photographie ! Il est difficile de trouver des mannequins qui acceptent de poser pour moi. Et on ne s’improvise pas photographe professionnel. Mais je viens d’acquérir un bon appareil photo. Mes images, j’espère, seront meilleures qu’auparavant.

Où puisez-vous l’inspiration pour vos créations ?

Principalement dans la nature. Mes motifs sont souvent végétaux ou floraux. Les noms des modèles sont des noms d’îles, de fruits ou d’oiseaux… Mais j’aime les choses simples, avec juste un ou deux détails particuliers. Je puise aussi mon inspiration dans la rue. J’ai un petit carnet avec moi sur lequel je note un joli motif observé sur le pull d’une passante, une structure de cardigan, la combinaison de deux couleurs. Je le feuillette souvent, l’utilise directement très rarement mais je crois que tout cela m’inspire énormément. Et je garde un oeil sur la mode pour repérer les couleurs ou les formes tendances. …

Quel est l’aspect que vous préférez dans votre activité créative ?

Tout ! Acheter les laines est absolument excitant et émouvant. Une foule d’idées et d’émotions m’envahissent à la vue d’une pelote de laine. Bien souvent, je démarre le processus de création toute affaire cessante après avoir acquis telle ou telle laine. Et j’adore toutes les étapes jusqu’au point où l’ouvrage est bien avancé, ne recèle plus de mystère et se poursuit tranquillement. La fièvre est retombée et je pars sur autre chose.

Auriez-vous des conseils pour quelqu’un qui, comme vous, aimerait se lancer ? Des ressources qui vous inspirent, qui vous ont aidée (livres, blogs, personnalités…)

Je ne me sens pas suffisamment avancée pour donner des conseils. Mais je crois qu’il ne faut rien s’interdire et tout oser. Au pire on défait et on recommence. C’est une histoire d’enthousiasme et de passion, avant tout. Je crois qu’il faut vraiment rester soi même et construire petit à petit sa propre audience, celle qui aimera ce que vous aimez et préparez vous même, sans chercher à produire quelque chose de populaire qui se vend bien !

Pour la réalisation des patrons j’ai deux livres de base : Knitting your own design de Montse Stanley et Designing knitwear de Deborah Newton. Ce sont mes bibles avec bien sur, les livres d’E. Zimmermann ! Pour l’inspiration le site Ravelry, les tricots des pays scandinaves si beaux et si colorés, les points délicats des japonais. Pour la technique les blogs : Youtube bien sûr mais aussi le vôtre, celui de  Elise Dupont, de Made with Love ou d’autres encore. Et je suis attentivement les travaux de mes designers favoris : Kate Davies, Norah Gaughan, Kieran Fowley par exemple.

Et pour finir, quels sont vos projets à venir ?

Et bien avant tout je souhaite développer mon petit business, passer à une vitesse supérieure et allier réflexion théorique sur l’art du tricot avec des réalisations concrètes.

Pour moi, la retraite n’a pas vraiment une grande signification et je me sens prête à aborder vraiment ce nouveau métier. En préparation j’ai une collection de quatre ou cinq châles conçus en référence à la lumière des îles du Pacifique (du rose et turquoise alliés à un peu de violet foncé, orange et jaune). Je viens de publier le premier sur votre site Makerist, Upolu ! Et aussi deux cardigans pour l’hiver, une petite collection de brassières….et plein de projets dans la tête. Je continue parallèlement à tricoter les modèles des autres. C’est ma façon de participer à une communauté, de rendre hommage au talent des artisans textiles et d’apprendre de nouvelles choses; il y a tant de beaux modèles qui circulent…

 

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